samedi 23 juillet 2016

Anabois 3 : rosacées (suite)

nous allons continuer ce petit passage en revue de nos bois dans la foulée du Mooc
pour mémoire, ont déjà été présentés :
prunellier
aubépine
cotonéaster
néflier
poirier (domestique)

le sorbier (des oiseaux) Sorbus aucuparia


on peut se reporter à ce que Venet écrit au sujet des autres maloïdes
il a moins de rayons ligneux que ses cousins, présence de taches médullaires.  Et j'ai la chance d'en avoir une sur la petite surface du toit du dé
Je ne retrouvais pas cet exemplaire (sorbier), je l'ai ajoutée en complément après l'avoir heureusement retrouvé.

nous passons en suite au pommier  Malus domestica
ce dé a été tourné avec sa partie haute prise dans le cœur. L'arbre était âgé et les taches jaunes sont sans doute des débuts de dégradation. L'anneau de base est en aubier, ou du moins dans la partie du bois qui n'a pas encore modifié sa couleur
Bois homogène avec nombre de fins rayons ligneux (aspect hachuré) le bord externe de la zone finale souligné par quelques couches de fibres à paroi épaisse (Venet). Ces caractéristiques se retrouvent encore sur la photo de détail.
Une question que je me pose : est ce que les altérations jaunâtres ne se développeraient pas au dépens des endroits du cerne où il y avait un peu plus de vaisseaux, c'est à dire la partie initiale ?

La curiosité m'a poussé à le comparer avec son cousin qui pousse à l'état sauvage.
Je pensais naïvement que le pommier sauvage était le porte-greffe de nos pommiers de production. Et bien non, ces derniers sont des migrants venus de quelque part du côté de la Perse comme pas mal de fruitiers ; on leur a bien sûr travaillé le génome.
Le pommier sauvage Malus sylvestris est un autochtone.
J'ai trouvé un sujet qui pousse tant bien que mal entre la berge du canal abandonné de Vouziers et le lit de l'Aisne. On peut dire que même s'il n'a pas les pieds dans l'eau, il n'a guère de problèmes de ce côté.
Il s'est signalé par l'abondance de petites pommes tombées, je ne l'avais encore jamais remarqué.
C'est bien sûr un épineux mais pas trop agressif, les épines seraient plutôt des fines branchettes modifiées.
Nous n'avons pas emporté ses fruits tombés qui auraient certainement fait un excellent cotignac, nous étions déjà chargé de noix...
Et que dit son bois photographié dans les mêmes conditions ?
Les accroissements annuels se devinent par le changement de couleur : la zone terminale qui doit être riche en fibres contraste avec la zone initiale qui lui fait suite et qui contient des vaisseaux pas vraiment discernables si ce n'est par l'abondance de parenchyme para trachéal.
Les rayons ligneux sont nombreux, fins et très légèrement flexueux.

Au travail le bois dégage une légère odeur (pas vraiment agréable à mon jugement) typique du pommier. Il se tourne très agréablement et prend un beau poli.

j'ai aussi promis l'amélanchier  Amelanchier canadensis, le voici
comme je l'ai déjà remarqué, ce bois est très agréable à tourner. Moins dur que le cotonéaster, à un point tel (la dureté de ce dernier) que je me suis demandé si par hasard je ne confondrais pas avec un autre arbuste présent chez moi : le pyracantha hyper épineux ? Ma petite expérience m'a appris que plus ça pique, plus c'est dur
Voilà le détail d'une coupe d'amélanchier, on voit la parenté, mais en bois initial il y a une belle concentration de vaisseaux... ne devrait on pas le classer dans les "zone initiale semi-poreuse" comme les individus qui vont suivre ?
edit : en fait, regardant mieux cette photo, les vaisseaux ne sont pas nécessairement plus nombreux, c'est l'accompagnement de parenchyme qui donne cette illusion en opposition aux fibres nombreuses en bois final. A confirmer ou infirmer.

Toujours dans cette grande famille des Rosacées, mais avec une zone semi-poreuse au départ du bois initial on va retrouver les pruniers, les cerisiers et leur famille

Le merisier  Prunus avium, c'est un bois que j'ai utilisé pour des pièces un peu compliquées sur plusieurs axes (crabe, Clara, première Manta etc...)
Présence de zone initiale à forte concentration de vaisseaux, leur taille est identique à ceux de la zone finale. Rayons ligneux inégaux parfaitement visibles
En section radiale maillage visible à l’œil nu (Venet) c'est bien tout ça qu'on découvre sur la photo agrandie

et le prunier  Prunus domestica... ?
Ce que je trouve très beau chez le prunier, c'est sa couleur chaude, tirant sur le cramoisi chez le prunier à prunes jaunes et avec des nuances brun-vert chez le mirabellier (chez certains du moins)
zones d’accroissement sinueuses avec parfois des indentations sur plusieurs cernes consécutifs, dessine comme des faux rayons... difficile de voir tout ça sur ma photo, par contre sur une tranche plus importante c'est un peu ça
Pour ce qui est du plaisir à travailler ces bois, j'avancerais que les pommiers m'ont l'air plus "doux" que le copeau glisse plus. Tout en insistant sur le fait que merisier et prunier sont très agréables aussi et permettent le détail.
Un bémol pour le prunier : sa forte tendance aux fissures. Surtout ne pas chauffer au ponçage.

Maintenant... prunier, prunier, il aurait beaucoup à tourner pour en faire le tour... de tous les pruniers.
Ils se ressemblent certainement tous, mais j'ai pu remarquer des différences de ton dans le bois.
Surtout s'agissant du fruitier emblématique de la Lorraine.
c'est la raison pour laquelle je compléterai cet aperçu avec le mirabellier Prunus domestica subsp. syriaca


Dans mon sac, il reste un terrible lascar
l'amandier  amygdalus, le grand problème, c'est qu'on ne le rencontre pas dans ma région, trop de froid...
Zone initiale semi-poreuse restreinte, rayons ligneux parfaitement visibles à l’œil nu, flexueux, nombreux. Très belles mailles en section radiale. Duramen brun rouge vif.
Bois dur et lourd, plus lourd que le prunier. Se travaille un peu comme le prunier et prend un beau poli (Venet)
Une chose que j'ajoute, c'est la sensation huileuse de ce bois au toucher, la même que pour certains exotiques. Il est très agréable au tour.

J'allais écrire : Je ne peux pas parler du pêcher ni de l'abricotier, je n'en possède pas (encore)
Le premier serait à rapprocher du prunier et le second de l'amandier...
Bon, je suis sans pêcher (ça fait rigoler doucement Sabine) mais je me suis souvenu d'une petite bille d'abricotier. Je l'ai tirée de sa retraite et on va en parler

L'abricotier Prunus armeniaca
Venet en parle peu, seulement pour dire ce que j'ai résumé plus haut.
Et de fait l'abricotier a une zone semi-poreuse plus différenciée, il a aussi des rayons ligneux flexueux et nombreux la teinte dominante est ici le jaune
son bois est agréable à tourner, il se polit bien, il est moins lourd, moins dur que l'amandier mais il a l'air moins fendif.

Pour le bois suivant, je n'ai guère de renseignements. c'est le hasard qui me l'a fait rencontrer, rescapé d'un feu sauvage dans une carrière que nous visitions dans un tout autre but
une fourche avec un tronc de plus de dix centimètres de diamètre... nous étions à vélo mais j'avais emporté une nouvelle scie pliante japonaise dont j'ai pu mesurer l'efficacité.

le laurier cerise  Prunus laurocerasus


il n'a du laurier que le nom (usurpé).
Si, tout de même il a une toxicité un peu comparable à celle du laurier rose. Il se trouve placé au rang des envahisseurs indésirables mais on le retrouve en haie ou en massif dans beaucoup de propriétés...
J'avais déjà lu des choses au sujet de son bois fendif (c'est bien vrai) je l'ai trouvé dur, compact, mais qui résiste à une lame japonaise ? Pour ce qui est du caractère fendif, j'approuve mais j'ai sans doute été trop impatient. C'est en tout cas curieux l’occurrence d'une fente en pleine masse du bois, on reprendra l'ouvrage mais en attendant, on se contentera de celui ci. Il gardera la place édit : il a gardé la place jusque 20-08
Pour ce qui est de l'anatomie de son bois, rien. C'est une Rosacée, genre Prunus, on va donc essayer de le comparer avec ses cousins :
Les accroissements annuels sont devinables mais pas extrêmement nets
Ce qui rythme l'image, ce sont les rayons ligneux, les groupes de vaisseaux enrobés dans des plages de parenchyme disposés plus ou moins radialement et les cercles légers de tissu parenchymateux qui perturbent la lecture des limites de cernes.
Le tissu fibreux est assez abondant et peut-être contient il des vaisseaux très petits que je place à tort dans les plages de parenchyme.
Rayons ligneux fins, assez régulièrement disposés et semblant légèrement flexueux

Voilà, c'est une grande famille je veux dire par là qu'elle a beaucoup de représentants chez les tourneurs et que ces bois peuvent être  considérés comme des bois précieux. De notre point de vue.

Une dernière remarque avant de clôturer ce chapitre :
Sortant de ce cours sur l'anatomie du bois, je découvre et je parle surtout de cet aspect. Les renseignements complémentaires sur l'arbre et autres points de vue pourront se trouver facilement sur le web.
Une bonne adresse est http://www.wood-database.com/

un livre plus qu'intéressant à posséder est :
LE LIVRE DES ARBRES ARBUSTES & ARBRISSEAUX de Pierre Lieutaghi aux éditions ACTES SUD
on y trouvera tout autre renseignement tel l'usage pharmacologique, les anciens usages du bois etc...
Un autre livre très intéressant, c'est "Le Bois" de J Beauverie édité en 1905
je le possède, mais dans un état qui rend sa consultation délicate. Bonheur... ce livre est consultable auprès de Gallica. Il est même téléchargeable.

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